Le festival piano passion de Saint Etienne a déjà quelques années. C'est un concept simple, et qui marche : organiser une semaine de concert, en invitant de "prestigieux" pianistes faire divers récitals, solistes pour la majorité des cas, avec pour final une grande soirée de concertos.
J'y suis allée la première fois en 2009, lors de "l'intégrale" des concertos pour piano de SergeÏ Prokofiev (mon compositeur préféré). Intégrale avec des guillemets car le n°4, pour la seule main gauche, n'était pas à l'affiche... dommage, mais je comprends, c'est moins sexy...
J'en garde un plutôt bon souvenir, je n'ai plus en tête les interprètes, qui m'étaient tous inconnus, mais le 1er a été maîtrisé avec maestria, la cadence du 2°, même si certains font largement mieux (Guiterrez, ou plus récemment Yundi Li pour ne citer qu'eux) fut un grand moment de musique, le 3° fut massacré par un espèce de clown, et le 5° n'a, bien entendu, pas reçu les éloges qu'il méritait...
Bref, c'est avec enthousiasme et appréhension, que le 8 mai 2010 à 19 h je pars pour l'opéra Massenet. Sans surprise il y a beaucoup de monde et la moyenne d'âge ferait pâlir une maison de retraite. C'est dommage d'autant plus que les places sont vraiment pas chères (16€ pour ma part et ma fiancée, et 5€ pour une place pris à la dernière minute pour un ami). On s'installe, complètement excentré sur la droite. Tant pis je ne verrais pas les mains des pianistes... En attendant que le rideau s'ouvre je vais vous présenter le programme. Le thème de cette année était l'Europe (enfin c'est ce que j'ai cru comprendre...) :
-En première partie, le premier concerto pour piano (mi mineur, Op 11) de F Chopin. Direction : Olivier HOLT, Soliste : Jacek KORTUS.
-Ensuite, le concerto pour piano en la mineur (Op 16) de E Grieg. Toujours HOLT à la direction, Soliste : Gunilla SÜSSMANN.
-Et pour finir, le 3° Concerto pour piano en mi bémol Majeur, Op 29 de C Saint-Saëns. Direction : HOLT. Soliste : Jean-François HEISSER.
Bref un programme accessible, beau, et sans lien apparant... Trêve de bavardage, le rideau s'ouvre.
L'orchestre s'installe, le hautbois donne le "la", tout le monde d'accorde. Parfait. Rentre ensuite le soliste et le chef.
Jacek KORTUS est jeune (22 ans) il a une tête de premier de la classe et empreinte d'assurance. On sert la main du premier violon, le chef s'installe, le pianiste règle son fauteuil. Enfin on attaque!
Concerto pour piano et orchestre N°1, mi mineur Op 11, de F CHOPIN (HOLT/KORTUS) :
L'introduction commence. Je n'ai jamais été fan de l'orchestre de Saint Etienne. Manque de coordination, des cuivres souvent en retrait, manque d'enthousiasme... Sans surprise l'introduction se révèle sans surprise, et sans grand intérêt. J'attends impatiemment l'entrée du pianiste qui a eu bien 5 minutes de plus pour régler son tabouret...
Enfin! Premier accord, envolée lyrique, première phrase... Magnifique! Un touché perlé sublime, sans aucun martelage, tout n'est que douce certitude et d'une justesse, de timbre, de dynamique, de "ressenti" à se damner... J'ai été emporté pour un allée simple en Pologne sans demander mon reste!
Pour le rapprocher d'une interprétation connue je dirai qu'il a le touché, clair et cristallin, de S François, mais sans la dureté et l'agilité de Lang Lang (quoi que l'on pense de lui, le pianiste chinois a des moyens techniques hors du commun). Pour faire court j'ai été enchanté, le premier mouvement a été magnifique du début à la fin. Ce pianiste a fait une gravure de la sonate de Liszt, à suivre.
Deuxième mouvement, le plus intéressant de ce concerto de jeunesse, n'a pas fait honte au premier. Le bel canto Chopinien y était parfaitement représenté, un son magnifique, et toujours cette clarté dans les phrases... Un moment de poésie. Assombrie, légèrement, par l'orchestre, la symbiose n'était pas là, et les violons ont toujours du mal à partir en ensemble...
Troisième mouvement, déjà le tempo pris est... rapide, très rapide. en réécoutant a postériori Lang Lang par exemple, il est allé plus vite. Mais pas de panique il a tenu, tout était clair, pas de perte d'information dans les traits, les phrases étaient parfaitement audibles, et le finale,...
Vous l'aurez compris ce jeune pianiste m'a enthousiasmé, son jeu avec un touché perlé, des phrases savamment dosées, des moyens techniques à la hauteur et cette capacité à faire voyagé ces auditeurs lui ont permis de maîtriser parfaitement ce Chopin, malgré les faiblesses de l'orchestre, peu perceptible dans ce concerto, ou la partie d'orchestre est relativement "inintéressante" (no offense...)
Concerto pour piano et orchestre en la mineur Op 16 d'Edvard GRIEG (HOLT/SÜSSMANN) :
E Grieg est très connu pour sa première suite Peer Gynt (le matin et dans l'antre du roi de la montagne majoritairement) et son concerto pour piano. C'est dommage car il a écrit bon nombre d'autres pièces toutes plus magnifiques les unes que les autres (notamment ses suites lyriques pour piano seul qui sont à se damner...). Bref la n'est pas le propos.
Donc concerto pour piano et orchestre en la mineur de Grieg par une pianiste Norvégienne, Gunilla SÜSSMANN, qui m'était totalement inconnu avant ce concert.
Arrivé de la pianiste sur scène, tenu décontracté, serrage de main formel du premier violon et du chef, réglage du tabouret, puis on se lance. Bref regard au chef pour lui dire : "Go!". Roulement de timbales, crescendo puis, premier accord puissant de la mineur, aller retour sur le piano et la c'est le drame...
Les arpèges au piano n'ont aucunes couleurs, si ce n'est un bleu acier du plus mauvais effet, d'une froideur horrible... la reprise du thème au piano n'apporte rien si ce n'est plus de déception. Les notes sont justes, certes, le rythme y est, mais ou est le lyrisme? Ou sont les paysages de Norvège? ou est la poésie? Je ne l'ai pas trouvé...
J'avoue ne pas avoir compris l'interprétation, j'ai découvert (subit...?) un Grieg d'une sècheresse, d'une dureté que je ne connaissais pas.
Le deuxième mouvement qui est une ode à la contemplation n'a pas amélioré les choses. La vie qu'il doit exister entre le pianiste et l'orchestre dans ce mouvement était absente, c'était une course entre les deux...
Sans surprise le 3° mouvement, sans forcément être le plus catastrophique, n'apporte rien, et même desserre complètement Grieg et ce concerto.
Gunilla SÜSSMANN est peut être une bonne pianiste, je n'ai rien entendu d'autre de sa part. Mais ce live ne m'a pas laissé un super souvenir. Je l'ai trouvé d'une violence rare, elle a tapé sur le piano tout le long, la lyre ployait sous ses pieds. Sa sècheresse était visible...
Concerto pour piano et orchestre n°3 en mi bémol Majeur Op 29 de Camille SAINT-SAËNS (HOLT/HEISSER) :
Après l'enchantement de la première prestation, le désenchantement (la frustration?) de la deuxième, j'attendais avec impatience la troisième. Pour plusieurs raisons. Les concertos pour piano de Camille SAINT-SAËNS font partis de mes oeuvres pour piano et orchestre préférées, ma musique est bien écrite, la partie pour orchestre possède un vrai rôle et le piano y est plein d'énergie, de gaieté et de bonne humeur! En outre Jean-François HEISSER est un pianiste que je connais de nom et un peu pour l'avoir entendu (Dans hongroise de Brahms pour piano à 4 mains avec Marie Joseph JUDE), et j'avoue avoir aimé ce que j'ai entendu. Enfin ce troisième concerto est le moins connu de tous, à raison je pense car c'est le moins bon, et c'est donc celui que j'ai le moins écouté. Une occasion de plus de l'entendre ne peut pas me faire de mal...
Après le même cérémonial que tous les autres (serrage de main, tabouret....) la musique commence. Les arpèges du début ont ce qu'il faut de matière et de détail. Le tapis harmonique est bien présent, l'entrée de l'orchestre coule de source, le piano n'étouffe pas tout le monde, tout se passe bien. tous les instruments présentent un à un le thème pendant que le pianiste balaie toute l'étendue de son clavier. Les couleurs sont justes, à la limite de la paix et de l'angoisse, tout à fait comme je l'entend.
Le piano n'est jamais dur, dans le passage qui fait très "rahpsody in blue" (aux alentours de 4 minutes) l'ambiance change.
Plus que les deux autres on sent que JF HEISSER est un concertiste aguerri, il communie avec l'orchestre de manière tellement saine, évidente que l'oeuvre en est transformée.
Dans la cadence du premier mouvement, malgré un "couac" très perceptible (d'autant plus qu'il est à poil à ce moment là) toute l'émotion y était. J'ai été transporté.
Cette édition du festival piano passion a été clôturé, dans l'ensemble, avec brio. Bien que le choix des oeuvres puissent donner à polémiquer, les concertistes ont su apporter leur touche, avec plus ou moins de bonheur certes. C'est donc avec plaisir que je donne rendez vous l'année prochaine pour voir ce qu'elle nous réserve!
Musicalement,
Flo
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